En juin dernier, un internaute lançait une vidéo délirante de qualité et d’humour. Sous-titrant ce qui était en vérité une interview sur l’exposition universelle de Shanghai, il proposait le point de vue d’un éminent économiste chinois sur le déclin économique de l’Europe, et en particulier de la France. A l’époque, un certain nombre de commentateurs s’était laissé prendre par cette caricature.
Olivier Mazerolle s’était fait éjecter en 2004 de France 2 pour avoir annoncé le retrait d’Alain Juppé de la vie politique, alors que ce dernier expliquait, au même moment et en direct, le contraire sur TF1. M. Mazerolle n’a apparemment rien retenu de cette leçon.
Dimanche 10 octobre, soit 4 mois après la découverte de la vidéo truquée du vénérable Professeur Kuing Yamang (prononcez Kouign Amann, comme le gâteau), M. Mazerolle invite Mlle Duflot a discuté de la remise du Nobel de la Paix à un dissident chinois. Il trouve opportun, pour la faire réagir, de citer une longue tirade du Professeur Kuing Yamang, qui ne semble pas du tout partager les idées de la dirigeante écologiste sur l’avenir de la France. Cécile Duflot, révoltée, se lance avec hargne dans une critique de la vision chinoise du monde et de l’Europe, alors que cette vision n’est en fait que le miroir offert cet été par un français bien de chez nous.
Le niveau de grève des fonctionnaires, sujet d’actualité que j’évoquais récemment dans un autre article, n’est pas oublié par le vénérable Pr. Kuing Yamang.
Afin d’achever de retirer toute crédibilité à M. Mazerolle, je précise que les premiers résultats d’une recherche Google sur le « Professeur Kuing Yamang » expliquent clairement qu’il s’agit d’une blague, mais peut-être était-ce trop de boulot pour lui ! Je vous laisse découvrir ces deux vidéos exceptionnelles.
Dans un jugement rendu le mercredi 30 juin, l’OMC a déclaré que les aides non remboursables perçues par Airbus depuis « 40 ans » étaient illégales, en particulier celles dédiées à l’A380, qualifiées de subventions à l’exportation.
Bizarrement les deux parties au procès, ainsi que leurs gouvernements respectifs, ont estimé que le jugement allait dans leur sens. Cependant, le fait que l’Europe ait annoncé son intention de faire appel laisse penser que le jugement favorise plus les intérêts américains… Sur cette décision tout du moins, car le cas des subventions reçues par Boeing fera l’objet d’une autre décision.
Cette confrontation qui dure depuis la création de l’organisation et est appelée à durer lève une question. Mais pourquoi donc Boeing et Airbus sont-ils à ce point destinés à occuper l’OMC ?
Au-delà des aspects stratégiques, nationalistes et populistes de cette question, je vous propose une analyse plus économique de la question, accompagnée d’un peu de théorie des jeux.
Quand un médaillé d’or du CNRS s’oppose à l’immense majorité de ses collègues, la communauté scientifique doit-elle en appeler au pouvoir politique ? C’est semble-t-il l’avis dérangeant qu’ont eu quelques centaines de climatologues français en envoyant une pétition au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche contre un ancien pourfendeur de mammouths reconverti en critique du réchauffisme.
Voilà une démonstration convaincante de leur totale immaturité politique. Non seulement leur requête est-elle dangereuse quant au rapport qu’entretient la science avec la puissance publique, mais en plus révèle-t-elle leur indigence stratégique en offrant à M. Allègre une stature quasi galiléenne. Peut-être doit-on y voir un signe qu’il faut d’urgence renvoyer les climatologues dans leurs laboratoires et envisager que des gens plus accoutumés à la dimension politique de leurs travaux occupent le devant de la scène. Économistes et philosophes doivent faire du ménage dans un débat qui prend de douces tournures médiévales.
La finance est un gisement intarissable de boucs émissaires pour la politique française. Deux raisons à cela : les Français n’aiment pas le marché et les financiers ont une imagination débordante pour créer des produits dont l’apparente complexité est preuve de sorcellerie. Dans un contexte de crise grecque et d’élections mal parties, la dernière cible de nos gouvernants sont les CDS, jugés responsables des malheurs de la Grèce. Petite explication.
Les crédit default swaps (CDS)
Un CDS est un instrument financier, dont le vendeur s’engage à couvrir les pertes enregistrées par l’acheteur sur un actif économique en cas d’insolvabilité d’un tiers déterminé. Un CDS sur la dette grecque est donc un contrat qui permet aux créanciers de la Grèce de s’assurer contre un défaut de paiement du pays.
Comme tout contrat d’assurance, le prix d’un CDS est fonction croissante du risque couvert, et augmente donc lorsque le marché anticipe une probabilité accrue de défaut, et inversement.
Le problème pour le gouvernement grec est que le taux d’intérêt qu’il doit verser sur ses nouveaux emprunts évolue semblablement au prix des CDS (voir graphique).
Evolution de la prime de risque des CDS et obligations grecques (Reuters)
Parmi les intellectuels en retraite du Parti Communiste, Jacques Marseille était sans doute de mes préférés : un libéral tardif, un intellectuel dont les idées simples et factuelles venaient, dans de nombreux éditoriaux, contester les sophismes alambiqués et les idées reçues de notre vieille société française. Petit retour sur cet expert du passé, profondément engagé dans les problématiques du présent.
Au commencement : la question coloniale
Il n’y a plus guère de débat sur l’opportunité de la colonisation : les intellectuels en sa faveur faisant aujourd’hui partie d’une espèce disparue. En fait, depuis plusieurs décennies, le débat s’est porté sur la question de son bilan, une problématique si sensible qu’elle fait l’objet de projets de lois régulièrement évoqués dans les journaux : reconnaissance du rôle positif de la France à l’initiative de l’UMP, criminalisation du colonialisme français par l’Algérie : c’était il y a un mois tout juste.
Brésil, Russie, Inde et Chine. Voilà quelques années qu’on associe ces pays qui entraînent aujourd’hui la croissance mondiale et qui dans les années 2050 dépasseront le G7 en termes de PIB. Alors que ces pays ont voulu donner un tour plus géopolitique à ce concept, la crise est passée et a laissé la Russie sur le carreau.
Un concept économique …
L’expression « BRIC » a été inventée et diffusée par la banque Goldman Sachs en 2003 avec un rapport intitulé Dreaming with the BRICs : The Path to 2050, pour désigner les quatre pays qui deviendront les locomotives de l’économie mondiale à l’horizon 2050. En effet, ceux-ci représentent 40% de la population mondiale et ont délaissé une économie planifiée pour entrer dans la mondialisation offrant un énorme potentiel de croissance à nos entreprises. Le PIB de ces pays émergents devrait ainsi dépasser celui du G7 en 2040. Avec une croissance insolente de 8 à 10% par an, il faut désormais investir dans ces pays pour trouver la croissance de demain. Tel était le message de Goldman Sachs à l’attention de ses clients.
Yohoho , a pirate’s life for me… L’impact économique de la piraterie (films, télévision, musique) sur internet est très difficile à estimer. En effet, il s’agit d’analyser un marché clandestin, qui ne cesse d’évoluer. Et contrairement à d’autres produits piratés, les produits “culturels” obéissent au principe “nobody knows” de rentabilité : le succès d’un film-série-CD n’est jamais garanti, malgré l’investissement initial ou les campagnes marketing autour du film-série-CD. Et ce n’est pas parce qu’un pirate regarde un film sur internet qu’il serait allé le voir au cinéma. Peut-on réellement considérer chaque acte de piraterie comme un manque à gagner? Et n’existe-t-il aucun point positif aux pirates cybernétiques pour qu’il faille les éliminer?
Sur la proposition d’Alistair Darling, le G20 a récemment re-réfléchi à l’établissement d’une « Taxe Tobin ». Si l’idée est défendue depuis longtemps par la France, elle a été vigoureusement rejetée par les Etats-Unis et le Canada.
D’où viennent de telles positions ?
De Tobin et de sa taxe
La taxe « Tobin » est une taxe destinée à réduire le poids de la spéculation sur les marchés financiers. Elle a été proposée en 1972 par le futur prix Nobel d’économie James Tobin (il le reçut en 1981 pour son travail en économétrie).
Cette taxe a connu un grand engouement dans le courant des années 1990 à la suite de la crise mexicaine. François Mitterrand a évoqué la question pour la première fois devant des instances internationales au sommet mondial pour le développement social de Copenhague en 1994. A la fin des années 1990, l’idée a été reprise et déformée par diverses associations altermondialistes qui y rajoutèrent une idée nouvelle : cette taxe était désormais destinée à réunir de l’argent pour le développement. Ces associations créèrent donc ATTAC (l’association pour une Taxe Tobin pour l’aide aux Citoyens). Institution que critiquera Tobin et qui changera donc son nom en ATTAC (Association pour un eTaxe sur les Transactions financières pour l’aide aux Citoyens)
Dans un sondage récent, le Français moyen indiquait que, si, lui, était personnellement bon en économie, ses compatriotes, en revanche, étaient majoritairement mauvais. Ainsi, la majorité des français approuvera l’instauration d’un enseignement obligatoire, mais chacun d’entre eux aura son idée sur ce qu’auraient dû apprendre ses ignares compatriotes… J’ai moi-même mon opinion.
Généraliser ce qui est jugé mauvais
Les rapports sur l’enseignement des sciences économiques au lycée se sont suivis pour globalement dire, avec les nuances qui s’imposent à la sphère publique, la même chose: il y a un problème sérieux. Citons les deux plus connus, le Rapport Malinvaud et le Rapport Guesnerie, dirigés par deux universitaires reconnus. Leurs idées fortes sont les suivantes :
L’enseignement rejette l’aspect scientifique du premier S de SES, au profit d’un survol beaucoup trop encyclopédique de la pensée sociale depuis grosso modo Adam Smith (1776) ;
Il ne fournit aucun des outils analytiques des sciences économiques, et ne permet donc en aucun cas aux élèves de se livrer à leur propre analyse critique, du moins pas de manière pertinente. Ce dernier point donne un désavantage aux ES face aux S dans le supérieur, car ces outils sont mathématiques.
Il met en exergue les points de divergence théorique, en ignorant pour l’essentiel les points de convergence, pourtant largement plus nombreux. Afin de réaliser cette confrontation, l’enseignement n’hésite pas à mettre sur un pied d’égalité des théories que plus d’un siècle sépare (Keynes contre les Classiques : 1936 vs 1776). En conséquence, la plupart des élèves de ES pensent que l’économie est un recueil d’opinions égales et contradictoires où chacun choisira sa voie selon ses sentiments, et que, dans un esprit de tolérance, chercher à hiérarchiser ces opinions est aussi vain que de discuter des goûts et les couleurs.
L’enseignement est soumis à un biais apitoyant : chômage, exclusion, délocalisation, inégalités… sont les thèmes forts des SES.
Nous fêtons cette semaine (29 octobre) l’anniversaire d’Astérix, et donc d’Obélix, même s’il jouissait dans l’album de 1959 d’un rôle tout à fait secondaire.
Le point fort des Aventures d’Astérix le Gaulois est connu : la multitude des niveaux de lecture, permettant à chaque âge d’y trouver son bonheur. Mais l’âge ne fait pas tout et l’agrégé de latin comprend certainement des références qui m’échappent.
La pertinence d’œuvres abordant maints sujets est toujours sujette à caution, et l’estimation la plus précise qu’on a de l’ensemble dérive souvent du traitement accordé au thème qu’on maîtrise le plus. Aussi, je vous propose une revue des questions politiques, économiques et sociales abordées dans les albums originaux (dont le scénario est de Goscinny) : d’Astérix le Gaulois à Astérix chez les Belges. En espérant vous faire lire ou relire les albums cités.
L’économie dans Astérix (ou plus équitablement, dans Les Aventures d’Obélix)
Remarque préliminaire, cette revue nous portera davantage sur Obélix qu’Astérix. Le petit guerrier n’est en effet que raison et courage sans grands sentiments, tandis qu’Obélix déborde de passions : les sangliers toujours, les filles parfois, ou encore en d’autres occasions… l’argent. L’entrepreneur Obélix – exploitant d’une fabrique de menhirs – fait part à plusieurs reprises de ses ambitions. Coquelus, fabricant de roues de Clermont-Ferrand lui inspire le songe d’un sommeil profond de capitaine d’industrie « en réunion ». Le néarque Saugrenus réveille plus tard cette âme d’homme d’affaires sérieux aspirant à la reconnaissance dans Obélix et Compagnie. J’y reviendrai dans un billet dédié.