Que les climatologues restent en dehors du débat politique !

Source : Le Trait d'Iturria

Quand un médaillé d’or du CNRS s’oppose à l’immense majorité de ses collègues, la communauté scientifique doit-elle en appeler au pouvoir politique ? C’est semble-t-il l’avis dérangeant qu’ont eu quelques centaines de climatologues français en envoyant une pétition au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche contre un ancien pourfendeur de mammouths reconverti en critique du réchauffisme.

Voilà une démonstration convaincante de leur totale immaturité politique. Non seulement leur requête est-elle dangereuse quant au rapport qu’entretient la science avec la puissance publique, mais en plus révèle-t-elle leur indigence stratégique en offrant à M. Allègre une stature quasi galiléenne. Peut-être doit-on y voir un signe qu’il faut d’urgence renvoyer les climatologues dans leurs laboratoires et envisager que des gens plus accoutumés à la dimension politique de leurs travaux occupent le devant de la scène. Économistes et philosophes doivent faire du ménage dans un débat qui prend de douces tournures médiévales.

Le climat est une vieille question économique, mais une nouveauté politique

Pourquoi donc les économistes ? Primo, les climatologues, dans leur majorité, font de l’activité humaine la cause des évolutions qui les préoccupent. Deuxio, ces évolutions sont préoccupantes dans la mesure où elles remettent justement en cause les conditions matérielles de vie de l’espèce, c’est-à-dire l’économie. Autant dire que le débat climatique n’a d’intérêt politique qu’essentiellement dans sa dimension économique. Enfin, les travaux des climatologues, parce qu’ils appartiennent aux sciences physiques, ne requièrent aucune approbation politique et sont totalement hors du domaine de compétence de la démocratie, a contrario de leurs implications économiques.

Par ailleurs, il ne faut pas voir dans l’effervescence actuelle un signe que la dimension économique du climat est une circonstance inédite, ni même exceptionnelle. Tant dans la théorie que dans l’histoire concrète, la relation climat/économie n’est en effet pas nouvelle.

  • D’abord le caractère décisif du climat est depuis longtemps envisagé par les économistes. Pour l’anecdote, Stanley Jevons, un des pères de l’analyse économique contemporaine, chercha à expliquer comment l’activité solaire engendrait les cycles économiques. Son étude (“Commercial crises and sun-spots”) fut publiée en 1878 dans la revue Nature, qui reste aujourd’hui la plus prestigieuse des publications scientifiques. Cela laisse songeur… d’autant que les observations faites depuis n’ont pas vraiment infirmer cette thèse  (cf. graphique)!

L'art des courbes : et si les taches solaires expliquaient les crises économiques?

  • Plus sérieusement, les variations climatiques ont eu, dans l’histoire récente de l’humanité, des effets économiques au moins aussi importants que ceux envisagés par Al Gore et Nicolas Stern. Rappelons que le petit âge glaciaire, marquant en particulier les XVIème et XVIIème siècles, fit des millions de morts en quadruplant le coût du blé en Europe : une histoire pas si éloignée qui relativise le catastrophisme ambiant sur le siècle à venir (cf. graphique)

Prix moyen du blé en guinées hollandaises en France, Italie, Angleterre et Danemark

De ce dernier graphique, les climato-sceptiques tireraient que les mouvements climatiques brusques ne sont pas une nouveauté, mais mon point est tout autre. Les bouleversements économiques qu’on évoque à propos du changement climatique ont un antécédent récent et comparable, dans la mesure où le prix de la subsistance constituait la donnée économique essentielle de l’époque en questions. Ce type de bouleversements constituent donc déjà un élément critique de l’histoire économique.

Qu’il y-a-t-il donc de neuf sous le soleil ? La vraie différence est que désormais le climat n’est plus une variable exogène mais endogène de l’économie, et en tant que tel il devient non plus une circonstance mais un sujet politique.

Un sujet politique monopolisé par la science, une science dominée par une organisation politique

Ce qui est problématique, c’est que la question du climat, parce qu’elle est avant tout envisagée dans sa dimension scientifique revêt le caractère binaire de la vérité et de l’erreur. Et ce caractère binaire se propage aux débats économiques adjacents : être pour ou contre la taxe carbone, c’est reconnaître ou nier le réchauffement climatique.

Or l’approche économique est tout autre, se décrivant davantage par la comparaison du « mieux » au « moins bien » que par l’opposition du « vrai » au « faux ». Le fait que la taxe carbone puisse réduire les émissions de gaz à effet de serre n’en fait pas une mesure intelligente s’il existe une alternative moins coûteuse et plus efficace (voir mon billet sur l’opposition Pigou/Coase).

S’il est légitime que les climatologues revendiquent la recherche idéale d’une vérité absolue, il n’est pas moins vrai que celle-ci a toujours constitué une source de dérive politique. Ils devraient donc s’exclure du débat démocratique. Si un philosophe comme Hobbes peut tirer argument de la capacité de chacun à tuer son prochain pour justifier l’absolutisme royal, prenons garde de ce que pourrait déduire une agence supranationale, appuyée du sceau de l’union des peuples et de la crédibilité des sciences physiques, du fait que chaque homme empoisonne au quotidien la terre entière.

Le GIEC est déjà une bizarrerie scientifique : la science n’a jamais connu à l’échelle du monde une telle centralisation de son autorité et n’en a semble-t-il jamais eu besoin. Mais c’est avant tout une horreur politique. En dehors de son omniprésence médiatique, son caractère politique est attesté par son appartenance à l’ONU et son prix Nobel de la Paix. Depuis quand l’étude des lois de la nature donne-t-elle droit à une quelconque reconnaissance morale ?

Malgré leur ancienneté, le FMI et la Banque Mondiale ne sont, par exemple, jamais parvenus, comme le GIEC en quelques années, à devenir des leaders d’opinions au même titre que les grands courants de pensée ou même que les facultés des grandes universités. Les dénonciations de leurs abus de pouvoir n’ont pourtant pas manqué.

Aux économistes de tirer les conclusions pratiques des climatologues, aux politiques de les mettre en mouvement

Le GIEC est au final doublement contre-productif. D’abord l’apparition d’un groupement scientifique ultra dominant aux revendications politiques et auréolé d’une autorité morale a d’abord sapé les bases de la crédibilité scientifique : la neutralité morale et politique ainsi que le principe de contestabilité. Elle a ensuite donné une autorité politique, et particulièrement économique, à une communauté non éclairée (sur ces deux sujets) au risque non seulement d’empêcher le débat contradictoire mais qui plus est de retenir des solutions peu efficaces.

L’erreur la plus absurde des climatologues est sans doute la croyance que le politique et l’économique requièrent des certitudes pour se mettre en marche, et donc de faire passer pour certitude ce qui ne l’est pas. L’économie, à l’image de la bourse, est ancrée dans le traitement de l’incertitude, elle en raffole. A l’incertitude, elle aime marier le concept d’aversion au risque. Elle aime aussi l’écologie : le concept de la fameuse taxe carbone date de 1921 (Arthur C. Pigou, The Economics of Welfare) ! Aussi, tandis que le passage 95% de catastrophisme à 75% ne change rien à l’urgente nécessité d’une réflexion économique et d’une réaction politique, il rend l’ensemble vulnérable et suspect de mauvaise fois.  Ce faisant, il fait inutilement de la question scientifique l’enjeu d’un débat rhétorique qui monopolise la scène publique au détriment des questions d’importance.

La preuve que ce débat est pourri par le GIEC et les Nicolas Hulot  de tous poils est bien que le retrait de la taxe carbone nationale est directement avalé par la polémique du climatosceptisme. Je laisse Jean Tirole vous expliquer mieux que moi la validité de l’argument en faveur de son report… ce qui montre bien qu’on a raté le bon débat, celui des réponses économiques appropriées et des relations diplomatiques. Que chacun retourne donc à sa place légitime afin que le débat s’éclaircisse…

Une réponse à Que les climatologues restent en dehors du débat politique !

  1. [...] Si j’étais un peu sceptique devant cette nouvelle théorie farfelue (on se souvient de la  corrélation entre l’activité solaire et les crises financières), la curiosité prit le pas en relisant l’histoire [...]

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