Saugrenus lance un nouveau blog

16 mai 2012

Vous suiviez ce blog ? Apprenez que Saugrenus, renommé en Acrithène, en lance un nouveau : http://theoreme-du-bien-etre.net/


Le Point Godwin français

21 février 2011

« Plus on se rapproche des élections, plus la probabilité que la droite utilise la thématique du terroir et que la gauche la traite de pétainiste s’approche de 1. », telle pourrait être la définition de notre loi Godwin à la française.

La loi de Godwin

Lorsque Mike Godwin, avocat américain, effectua ses recherches sur les réseaux de discussions en ligne à la fin des années 1980, il fit une observation qui devint une loi sans cesse : « Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler s’approche de 1. » Par extension, on parle de point Godwin, lorsque atteint le moment où un des interlocuteurs faire référence aux nazis ou à Hitler et vient de vérifier la loi de Godwin. Le moment où ce dérapage survient est une sorte de point de non retour, le temps de clore le débat.

Le point Godwin à la française

En France, nous avons un dérivé de ce point Godwin. Remplacez nazis et Hitler par la référence à l’Etat Français et Pétain et vous aurez notre version française. Les politiques français nous montrent de nombreux exemples de l’utilisation de ce point Godwin à la française.

Mais j’ai l’impression qu’une autre loi est valable : plus on se rapproche d’une élection, plus on va reprocher à un membre du camp opposé de tenir des propos « datant d’une autre époque » pour l’euphémisme, c’est-à-dire qu’on va comparer ces propos à ceux de partisans du régime de Vichy.

Rappelons pour mémoire, que le discours du candidat Sarkozy en avril 2007 où il attaquait les héritiers de mai 68, avait été comparé au discours de Pétain par Philippe Meirieu, aujourd’hui à la tête du parlement d’Europe Ecologie -Les Verts.

L’actualité récente nous fournit un bel exemple !

Chritsian Jacob, chef de file des députés UMP, a lancé la charge contre Dominique Strauss-Kahn, candidat potentiel à la Présidence de la République en 2012. Pour lui, DSK ne représente pas « l »image de la France, l’image de France rurale, l’image de la France des terroirs et des territoire (…) ». Hop ! Les terroirs. On a envie de lui répondre : « Et alors, Sarkozy non plus ! » et la population française est une des plus urbaines d’Europe,  avec 77% des Français qui vivent en ville. Une réponse simple, objective, sans emportement. Mais le PS a décidé de passer le pas et Jean-Christophe Cambadélis s’est empressé de condamner des propos « antisémites ». Ce dernier a comparé Chritian Jacob à Xavier Vallat, commissaire général aux questions juives, tandis que pour Pierre Moscovici, ces propos s’apparentaient à la rhétorique pétainiste sur la « terre qui ne ment pas ». Et voilà comment nos politiques viennent de vérifier une nouvelle fois le point Godwin à la française.


Les révolutions arabes et la remise en cause de l’Internationale Socialiste

7 février 2011

Les révolutions en Tunisie et en Egypte qui ont réussi à mettre à bas des présidents éternels et des dictatures soutenues par l’Occident, ont une conséquence inattendue : elles ébranlent l’Internationale Socialiste dont étaient membres les partis de Ben Ali et de Moubarak.

La révolution du jasmin en Tunisie a pris l’Occident par surprise. Aujourd’hui, on demande avec raison des explications sur le soutien de nos gouvernements au régime de Ben Ali. Alors que Michèle Alliot-Marie est soupçonnée d’avoir profité des largesses du clan de l’ex-président tunisien, la gauche n’est pas en reste. En effet, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (sic), parti unique tunisien était membre de plein droit de l’Internationale Socialiste, organisation regroupant l’ensemble des partis socialistes dans le monde. Trois jours après la chute de Ben Ali, l’Internationale Socialiste annonçait l’exclusion de ce parti dans un communiqué lapidaire :

« Une décision a été prise par le président avec le secrétaire général, conformément aux statuts de l’Internationale Socialiste, de faire cesser l’adhésion du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) de Tunisie. »

La question qui se pose est pourquoi cela n’a pas été fait plus tôt. Le PS français s’est évidemment empressé de dire qu’il avait demandé la radiation du parti tunisien de l’Internationale. La justification « officielle » est que la procédure est complexe. Mais d’après le communiqué, l’exclusion effective du RCD s’est faite très rapidement. Cela n’avait donc pas l’air si compliqué que ça.

Des membres pas si fréquentables

Le RCD n’est pas la seule épine dans le pied de l’Internationale Socialiste. Rappelons que le Parti National Démocratique de Moubarak fait aussi partie de l’organisation. Attendront-ils le départ du Président égyptien pour exclure son parti ? En Côte d’Ivoire, c’est le parti de Laurent Gbagbo, le Front Populaire Ivoirien qui est membre de plein droit de l’Internationale Socialiste ce qui a participé à la cacophonie au PS après les résultats des élections en décembre dernier. Les exemples de ce soutien à des partis frères dont les agissements sont loin de l’idéal socialiste sont nombreux. On peut seulement se réjouir que le parti de Chavez, le PSUV, qui se réclame du socialisme, ne fasse pas partie de l’organisation.

Déclin de l’Internationale Socialiste

Pays gouvernés par des partis membres de l'Internationale Socialiste (Source : Wikipedia)

En réalité, l’Internationale Socialiste fait face à des difficultés.  Les partis socialistes gouvernants sont de moins en moins nombreux, donc l’organisation peine à exclure des partis au pouvoir dans leur pays.

En Europe, la gauche est en déclin. Les partis socialistes au gouvernement n’ont pas réussi à répondre aux attentes des citoyens après la crise. Les travaillistes anglais ont perdu leurs élections, le SPD allemand ne fait plus partie de la coalition au pouvoir, les socialistes belges se sont faits dépasser par le parti indépendantiste flamand NVA. Enfin, en Grèce, les socialistes revenus au pouvoir avec Georgios Papandréou, par ailleurs, Président de l’Internationale Socialiste, mène un politique de rigueur extrême, un programme pas très socialiste …

En Amérique latine, les programmes socialistes ne convainquent pas les populations pauvres et se font donc dépasser par leur gauche. Dilma Rousseff, héritière de Lula eu Brésil, appartient au Parti des Travailleurs. De même en Bolivie, Evo Morales se situe plus à gauche que les partis socialistes traditionnels.

Face à ce déclin, difficile de se passer des exemples de partis socialistes au pouvoir quitte à ce qu’ils soient des partis uniques. Face à la révolte des peuples, l’Internationale Socialiste devrait peut être revenir à ses idéaux et oublier la realpolitik. Le PS français a d’ailleurs appelé à faire le ménage au sein de l’organisation. Mieux vaut tard que jamais…

Pearltree « Internationale Socialiste » :Internationale Socialiste


Mazerolle et Duflot vs le Vénérable Professeur Kuing Yamang : journalistes et politiques unis dans la bêtise

13 octobre 2010

En juin dernier, un internaute lançait une vidéo délirante de qualité et d’humour. Sous-titrant ce qui était en vérité une interview sur l’exposition universelle de Shanghai, il proposait le point de vue d’un éminent économiste chinois sur le déclin économique de l’Europe, et en particulier de la France. A l’époque, un certain nombre de commentateurs s’était laissé prendre par cette caricature.

Olivier Mazerolle s’était fait éjecter en 2004 de France 2 pour avoir annoncé le retrait d’Alain Juppé de la vie politique, alors que ce dernier expliquait, au même moment et en direct, le contraire sur TF1. M. Mazerolle n’a apparemment rien retenu de cette leçon.

Dimanche 10 octobre, soit 4 mois après la découverte de la vidéo truquée du vénérable Professeur Kuing Yamang (prononcez  Kouign Amann, comme le gâteau), M. Mazerolle invite Mlle Duflot a discuté de la remise du Nobel de la Paix à un dissident chinois. Il trouve opportun, pour la faire réagir, de citer une longue tirade du Professeur Kuing Yamang, qui ne semble pas du tout partager les idées de la dirigeante écologiste sur l’avenir de la France. Cécile Duflot, révoltée, se lance avec hargne dans une critique de la vision chinoise du monde et de l’Europe, alors que cette vision n’est en fait que le miroir offert cet été par un français bien de chez nous.

Le niveau de grève des fonctionnaires, sujet d’actualité que j’évoquais récemment dans un autre article, n’est pas oublié par le vénérable Pr. Kuing Yamang.

Afin d’achever de retirer toute crédibilité à M. Mazerolle, je précise que les premiers résultats d’une recherche Google sur le « Professeur Kuing Yamang » expliquent clairement qu’il s’agit d’une blague, mais peut-être était-ce trop de boulot pour lui ! Je vous laisse découvrir ces deux vidéos exceptionnelles.


Société Générale, Kerviel et système fiscal

11 octobre 2010

Il y a des jours comme ça où les journalistes croient avoir découvert la poudre. Le 9 octobre fut un de ces jours quand un journaliste d’Europe « a découvert » que pour une société une perte supplémentaire réduisait le bénéfice et donc les impôts à l’administration fiscale. Ainsi la méchante Société Générale aurait récupéré au détriment du contribuable français 1,6 millliards d’euros sur les 4,9 perdus dans l’affaire Kerviel. En réalité, cette information est publique depuis plus d’un an avec le rapport annuel 2008 de la Société Générale. Exit donc l’exclusivité d’Europe 1 et la surprise de l’avocat de Jérôme Kerviel.

Comment calcule-t-on l’impôt sur les sociétés (IS)

Dans le principe, toute société paie un impôt égal à 33,33% de ses bénéfices. On peut résumer ça en : « plus de bénéfices, plus d’impôts ; moins de bénéfice, moins d’impôts », logique. Ainsi, si on retire 5 milliards de résultat, alors on réduit nos impôts de 5*33,33% = 1,67 milliards d’euros. Pour les amateurs de citations voici la source : Article 39-1 du Code Général des Impôts: « le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges ».

Mais le système fiscal serait trop simple dans ce cas. Nous avons plutôt produit un code fiscal à l’image de notre langue, bourré d’exceptions et d’exceptions d’exceptions. On y retrouve des mesures que seuls des fiscalistes expérimentés comprendront mais aussi des mesures de bons sens.Par exemple, il semble logique que lorsque vous avez été condamné par l’administration fiscale à payer des pénalités et des intérêts de retard, cette nouvelle perte ne réduise pas vos impôts. En gros, le principe est : « Vous avez fauté, vous devez payer plein pot. » Ainsi le bénéfice comptable annoncé par la société peut être différent du bénéfice sur lequel le fisc base son taux de 33,33%.

Les charges exceptionnelles

Les charges exceptionnelles dont nous parlons dans le cas de Jérôme Kerviel font partie de ces charges qui sont particulièrement regardées par l’administration fiscale et qui ont nécessité de nombreuses précisions.

Une charge exceptionnelle peut être déduite du résultat fiscal (c’est-à-dire qu’elle viendra diminuer le résultat fiscal et donc l’impôt dû), que si la faute ne revient pas à la société. Ainsi la charge exceptionnelle de 4,9 milliards a été comprise comme étant le résultat d’une faute exclusive d’un salarié. La Société Générale avait besoin d’un jugement entièrement à sa faveur pour déduire cette perte de son résultat fiscal.

Hyprocrisie des avocats de Kerviel

Lorsque l’information est parue dans les journaux,  les avocats de Jérôme Kerviel sont comme descendus des nues : « La SG a trompé le tribunal en ne l’informant pas de cette récupération d’impôts, c’est tout à fait scandaleux, cela se rapproche de l’escroquerie au jugement, c’est-à-dire qu’on demande au tribunal d’ordonner le paiement de sommes qui ont déjà été payées » avait déclaré Me Metzner. Personnellement, j’ai mis 1 minute à trouver cette information dans le rapport annuel 2008 de la SG, dans la note concernant la « perte nette sur activité de marché non autorisée et dissimulée » (p 290). Etant l’avocat de Jérôme Kerviel, s’il y a une page du rapport annuel de la SG que j’aurais étudiée, c’est bien celle-là. On y apprend que la SG a comptabilisé une réduction d’impôt d’un total de 1,69 milliards d’euros (p 254).

De plus, si la Société Générale récupère 5 milliards d’euros, elle devra payer des impôts dessus et cela annulera la réduction d’impôt précédente.

En réalité, la SG ne récupérera pas ses 5 milliards d’euros (il serait complètement irresponsable pour l’image de la SG de demander 5 milliards d’euros à un individu), c’est donc bien une perte de 1,69 milliards d’euros pour le fisc français soit 3,7% des intérêts versés par an pour la dette de la France.


La France est-elle un pays de grévistes ? Pas exactement…

28 septembre 2010

D’après le Larousse, la grève se définit comme une « cessation collective et concertée du travail en vue d’appuyer des revendications professionnelles dont l’employeur a connaissance. »

Voici une définition qui, au regard de la grève telle qu’elle est conçue en France, interpelle. Dans notre pays, quelle est la proportion des grèves qui s’adresse aux employeurs ? Spontanément, il ne me vient en tête que des mouvements de grève contre le pouvoir politique. L’objet initial de cet article était ce décalage entre le principe original de la grève, sorte de contrepoids à l’ « exploitation » du capitalisme, et la principale forme qu’elle prend dans la pratique, une contestation politique.

Cependant, mon premier réflexe étant de chercher à quantifier le phénomène, mon intérêt s’est aussi porté sur des étrangetés statistiques. Les premiers résultats de mes recherches sur Google faisaient de la France un pays non gréviste. Dans un article 2007, Libération s’interrogeait d’aillleurs sur « Le mythe d’un pays gréviste » et, soutenu par le site Acrimed, faisait de la France un pays où les grèves sont peu fréquentes en comparaison de nos voisins européens, classant les terribles gaulois 11ème derrière la moyenne de l’UE.

A un paradoxe s’ajoutait donc la chute d’une idée reçue. En vérité, ces deux problèmes ont la même solution : la fonction publique. Les grèves françaises sont bien une épreuve de force entre travailleurs et employeurs dans la mesure où les grévistes français sont des fonctionnaires. Et effectivement, la France se classait bien 11ème des pays grévistes dans la mesure où Libération et les médias qui l’avaient suivi citaient une statistique omettant les serviteurs de l’Etat.

Les statistiques : une comparaison à l’échelle européenne

Tout d’abord, si vous souhaitez en savoir plus sur ce sujet, je vous recommande l’excellent article de 2007 sur le blog Ecopublix « Des grèves partout sauf dans les statistiques » qui m’a aidé à cerner le sujet et à comprendre comment la France n’avait pu se retrouver que 11ème d’un classement sur les grèves.

Quant à moi, mon travail a été fortement facilité par Eurostat qui publie désormais des données sur les « journées individuelles non travaillées » (JINT) pour cause de grève par an pour 1000 travailleurs pour la plupart des pays européens. Pas de surprise, les grand pays latins – Espagne, France et Italie – se disputent le podium. Sur la période 2000-2007, la France décroche la seconde place derrière l’Espagne et devant l’Italie. Elle est championne d’Europe à trois reprises : 2007, 2006 et 2003.

Journées de grève par an pour 1000 travailleurs 2000-2007. Source : Eurostat

Les deux autres grandes économies d’Europe, l’Allemagne et le Royaume-Uni, affichent des scores bien faibles au regard de la performance française. Un britannique a 4 fois moins de chance d’être en grève qu’un français, un allemand 23 fois moins.

Doit-on pour autant en conclure comme certains politiciens et journalistes que la France n’est qu’un pays de grévistes ? La méprise de Libération avait au moins le mérite de nous mettre la puce à l’oreille en classant la France hors fonction publique 11ème du classement. Cette approximation fait apparaître que c’est aux fonctionnaires que nous devons de pouvoir prétendre à l’or…

Parenthèse sans transition, le fameux modèle nordique qu’on nous vend à toutes les sauces ne semble pas être un exemple de paix sociale. Finlande, Norvège et Danemark affichent des taux relativement significatifs, la Suède étant le seul pays nordique dont on peut affirmer qu’il est nettement moins gréviste.

Le poids de la fonction publique d’Etat

En 2005, en France, moins de 10% de la population active expliquait plus de la moitié des journées de grève : les fonctionnaires d’Etat.

Origine des journées de grève par secteur en 2005. Source : Institut Supérieur du Travail

Pour expliquer le si grand poids d’une si petite partie de la population, il faut assurément une performance exceptionnelle. Afin de la mettre en évidence, j’ai combiné le podium établis par Eurostat avec le même indicateur (JINT pour 1000 travailleurs) calculé pour les seuls fonctionnaires des ministères français. Les journées de grève par an dans cette partie de la fonction publique, ainsi que les effectifs de la population concernées, sont communiquées par la Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) dans ses rapports annuels. Avec 554 jours de grèves par an pour 1000 travailleurs, la moyenne sur 8 ans des ministères écrase la performance des médaillés européens ! Un fonctionnaire de ministère a 120 fois plus de chance d’être en grève qu’un allemand ! Une interprétation simple de cette statistique est qu’un fonctionnaire participe en moyenne à une demi-journée de grève par an.

Journées de grèves par an pour 1000 travailleurs dans les ministères et dans les trois pays les plus grévistes de l'Union 2000-2007. Source : Eurostat et DGAFP

Le principe de la grève à l’épreuve de la fonction publique

Etrangement, l’interdiction originale du droit de grève était l’œuvre de la Révolution française. Afin d’assurer la plus grande liberté économique et de mettre fin à des rentes vieilles de plusieurs siècles, la Loi Le Chapelier (1791) prohibait toute forme d’entente économique visant à troubler la libre concurrence. Les coalitions, qu’elles soient à l’initiative des employeurs (corporations, ententes…) ou des travailleurs (syndicats, grève…) étaient proscrites. Cependant, considérant que le rapport de force était biaisé en faveur des capitalistes, beaucoup moins nombreux que les travailleurs et non soumis à la nécessité immédiate de la faim, Napoléon III jugea la relation ouvriers/capitalistes fondamentalement inégale et accorda donc le droit de grève en 1864. Laisser les ouvriers désorganiser les affaires du méchant capitaliste devait, selon les promoteurs du droit de grève, permettre de limiter l’exploitation des masses laborieuses.

Les socialistes du XIXème siècle seraient surement surpris d’apprendre que dans la France du XXIème siècle, la grève est avant tout l’instrument des serviteurs de l’Etat. Sans doute en tireraient-ils la conclusion que ceux-ci survivent avec des salaires de misère, se voient imposer des cadences infernales et vivent au jour le jour avec l’angoisse qu’occasionne la précarité de l’emploi. On leur répondrait qu’aujourd’hui la grève n’est plus une arme contre les excès du capitalisme, mais un outil de promotion du service public et de l’équité sociale. Que dans leur infinie abnégation, une partie des serviteurs de l’Etat défendent par la perte de leur revenu la qualité du service qu’ils offrent à leurs concitoyens et dont les représentants élus, apparemment esclaves d’une lubie étrange, veulent priver les français.

Si par je ne sais quelle mauvaise foi on devait rejeter cette explication, on devrait peut-être conclure que les différents usages du droit de grève entre les sphères publiques et privées relèvent d’une profonde divergence de vue sur le rapport au travail ou bien d’un conflit idéologique entre une partie des serviteurs de l’Etat et les représentants du peuple, comme si la lutte sociale de la fonction publique était devenu le garde-fou des excès de la République. On semble en tout cas loin de la manière dont la grève est la plus communément conçue.

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Bien que cet article ne soit pas une ode à la fonction publique, je souhaite, par esprit de nuance et refus d’une généralisation systématique, rendre hommage à ma prof de maths de prépa qui, à la japonaise, donnait cours même lorsqu’elle se déclarait gréviste.


Retraites : pourquoi les jeunes devraient manifester POUR la réforme !

7 septembre 2010

La problématique des retraites n’est pas une question comptable comme on aime à le dire. Il s’agit bien davantage d’un souci financier et politique.

Financier, car le système lie une cotisation présente à une pension future, dont le montant et le moment sont incertains à long terme, sujets aux variations du climat économique, politique et démographique. Politique, car son fonctionnement repose sur un marchandage démocratique dans lequel les grands parents empruntent aux parents en échange d’une créance sur leurs petits-enfants, plus ou moins engagés sans avoir voté.

Dans ce jeu, une génération peut se retrouver flouée. Pour l’éviter, chacune se doit calculer son « rendement » (son retour sur investissement). L’objet de cet article est d’expliquer conceptuellement comment, et de mettre en évidence pourquoi l’essentiel des manifestants réclame aveuglement le droit de se faire rouler.

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