L’économie, matière obligatoire du lycée : un danger ?

22 novembre 2009

Dans un sondage récent, le Français moyen indiquait que, si, lui, était personnellement bon en économie, ses compatriotes, en revanche, étaient majoritairement mauvais. Ainsi, la majorité des français approuvera l’instauration d’un enseignement obligatoire, mais chacun d’entre eux aura son idée sur ce qu’auraient dû apprendre ses ignares compatriotes… J’ai moi-même mon opinion.

Généraliser ce qui est jugé mauvais

Les rapports sur l’enseignement des sciences économiques au lycée se sont suivis pour globalement dire, avec les nuances qui s’imposent à la sphère publique, la même chose: il y a un problème sérieux. Citons les deux plus connus, le Rapport Malinvaud et le Rapport Guesnerie, dirigés par deux universitaires reconnus. Leurs idées fortes sont les suivantes :

  • L’enseignement rejette l’aspect scientifique du premier S de SES, au profit d’un survol beaucoup trop encyclopédique de la pensée sociale depuis grosso modo Adam Smith (1776) ;
  • Il ne fournit aucun des outils analytiques des sciences économiques, et ne permet donc en aucun cas aux élèves de se livrer à leur propre analyse critique, du moins pas de manière pertinente. Ce dernier point donne un désavantage aux ES face aux S dans le supérieur, car ces outils sont mathématiques.
  • Il met en exergue les points de divergence théorique, en ignorant pour l’essentiel les points de convergence, pourtant largement plus nombreux. Afin de réaliser cette confrontation, l’enseignement n’hésite pas à mettre sur un pied d’égalité des théories que plus d’un siècle sépare (Keynes contre les Classiques : 1936 vs 1776). En conséquence, la plupart des élèves de ES pensent que l’économie est un recueil d’opinions égales et contradictoires où chacun choisira sa voix selon ses sentiments, et que, dans un esprit de tolérance, chercher à hiérarchiser ces opinions est aussi vain que de discuter des goûts et les couleurs.
  • L’enseignement est soumis à un biais apitoyant : chômage, exclusion, délocalisation, inégalités… sont les thèmes forts des SES.

Commencer par l’histoire, les mathématiques et la philosophie

Politiquement, l’inscription de l’économie dans le socle commun du baccalauréat est un symbole de modernité, qui, nous l’avons dit, fera l’objet du soutien populaire. Pédagogiquement, il y avait pourtant mieux à faire, mais l’effet d’annonce aurait été moindre.

Il y eut en effet mieux valu rapprocher l’enseignement des sciences sociales des mathématiques et de l’histoire, comme le suggérait le Rapport Guesnerie. Des modifications apportables à ces deux matières constituent un potentiel effet de levier considérable sur la culture sociale des bacheliers. J’ajouterai la philosophie aux recommandations du rapport Guesnerie.

En mathématiques, et peut-être plus en ES qu’en S, le cursus consiste à appliquer des recettes sans les comprendre. Vous aurez du mal à trouver un bachelier ES capable de vous expliquer le concept d’une dérivée. Malgré mon 19/20 en maths, je ne l’ai compris qu’en prépa. Il est anormal qu’on fasse disserter des adolescents sur la politique monétaire alors qu’ils ne maîtrisent pas les outils analytiques permettant la résolution du paradoxe de l’eau et du diamant : pourquoi l’eau, infiniment plus utile que le diamant, vaut infiniment moins ? Je rêve d’un élève de ES qui, écoutant Sarkozy affirmer que le réchauffement climatique est une chance pour la croissance, lui répondrait : « Monsieur, dans un problème d’optimisation, comment l’ajout d’une contrainte peut-elle améliorer l’optimum ? » On en est loin… Contre les maths, les ES répondront que l’économie n’est pas une science, et défendront leur goût des schémas et des dissertations. Il est évident qu’on peut inventer une infinité de modèles mathématiques qui n’ont aucune emprise sur le réel. Cela n’enlève rien au fait qu’un raisonnement qui contrarie les mathématiques est fatalement irréaliste, et c’est en cela que l’économie a besoin de maths.

En histoire, on apprend des noms et des dates : « 1515 Marignan ! ». Voilà une chose qu’on sait avec assurance, en ignorant cependant quelle espèce d’importance cela peut avoir. Mais si je vous demande l’espérance de vie à cette époque… ou, plus vache, une estimation des taux de croissance à la Renaissance ? En fait, le peu qu’on croit savoir de l’histoire économique, c’est que la Révolution Industrielle a appauvri les humbles (ce qui est très contestable à court terme, totalement absurde à long terme), que Roosevelt a résolu le problème du chômage (alors que son taux est égal en 1932 et 1938), que tout s’est arrêté en 1973 (la croissance de la fin du siècle n’est pourtant historiquement dépassée que par les Trente Glorieuses)… Avouons-le, l’appel du 18 juin est une poussière de l’histoire face à l’invention de la brouette !

Et enfin la philosophie. Il est anormal, étant données la sentimentalité et la naïveté de l’âge, que des adolescents soient soumis à la problématique de la lutte contre les inégalités du seul point de vue pratique, laissant fortement sous-entendre qu’elle constitue un objectif moral évident. Il est nécessaire, et intellectuellement logique, de commencer par une réflexion relativement exhaustive sur la notion d’inégalité, et ainsi de montrer en quoi les inégalités, non seulement ne doivent pas forcément être combattues, et au contraire peuvent être souhaitables et justes. Faire de l’économie une « science morale », selon le vœu d’Amartya Sen, n’implique pas de cracher sur les traders mais d’étudier Rawls, Locke, Proudhon et Hayek. Tout élève devrait savoir pourquoi, moralement, d’après Friedman, « la seule responsabilité sociale d’une entreprise est de réaliser du profit ». Rappelons que ces questions sont au cœur de notre société, et que chaque citoyen consacre plusieurs mois de travail par an à la solidarité nationale. Il ne semblerait donc pas disproportionné d’y consacrer plusieurs semaines de réflexion morale.

Refondre l’enseignement des SES

Des têtes bien faîtes, plutôt que bien pleines… et a fortiori plutôt que bien pleines de fausses vérités. Un crédo couramment admis qu’on manque souvent d’appliquer. Les lycéens n’ont pas besoin de connaître l’opinion de Robert Solow sur les nouvelles technologies, de savoir ce que prédit le modèle HOS, d’étudier les subtilités du toyotisme… ou encore moins de connaître les catégories statistiques utilisées par l’INSEE.

Construire des courbes d’offre et de demande – ce qui ne requiert pas davantage que des sommes cumulées – et en déduire, par un système à deux équations/deux inconnues, un prix et une quantité d’équilibre, ce n’est pas compliqué. Ce n’est pas pour autant enseigné. C’est bien dommage,  un trait horizontal de plus et on constate que le SMIC peut accroître le chômage. Une petite translation de courbe, et on comprend comment l’appât du gain d’un commerçant améliore le sort des consommateurs…

Au lieu de ça, on se lance dans des débats macroéconomiques, qui du fait de leur complexité, ne donnent lieu qu’à des lieux communs et idées creuses, de la part des concepteurs de sujets eux-mêmes.

Prenons l’exemple de l’épreuve qui me fut soumise en 2004 : « Vous expliquerez comment l’investissement est source de croissance économique », ce qui signifie « expliquer comment l’investissement augmente la production ». Analysons rapidement le schéma proposé comme document de cette épreuve.

Première idée qui me vient : « je vais l’apporter à Besancenot, car à en croire les flèches, la hausse des profits provoque une hausse des salaires et pas l’inverse. »

Mais plutôt que de faire de la rhétorique, je vais vous démontrer que les flèches que j’ai numérotées 1 et 2 sont fausses, ce qui fait s’écrouler tout le schéma vu qu’il n’y a alors plus de lien entre « Investissement » et « Demande Globale » (ce qui n’est pas normal non plus).

La flèche 1 est la pire, digne du sophisme de l’emmental. En effet, le plus simple comptable vous dira que ce qui est produit est soit consommé soit investi (Y=C+I), et que donc, une augmentation de I s’accompagne :

  • Soit d’une baisse égale de C, auquel cas l’impact direct sur la demande globale est nul.
  • Soit d’une hausse de la production Y. Dans ce dernier cas, inutile de rajouter des flèches supplémentaire, l’hypothèse faîte répond au sujet « comment l’investissement augmente la production »…
  • (Ou alors, d’une façon ou d’une autre, il faut faire intervenir le déficit budgétaire et/ou commercial, mais là on entre dans un débat bien différent, qui n’est pas abordé dans le schéma.)

Un comptable shadok

La flèche 2 est un peu plus subtile, mais pas tellement. La productivité, c’est le ratio [Production]/[Facteurs utilisés].

  • Comme le montre la première flèche partant de la case « Plus d’investissement » vers le haut, l’effet direct d’un investissement, c’est d’accroître les capitaux engagés, donc d’augmenter le dénominateur [Facteurs utilisés] !
  • Pour compenser cet effet, il faut faire
    • l’hypothèse (souvent fausse d’ailleurs) que l’investissement provoque une hausse plus que proportionnelle de la production. Hypothèse qui, là encore, répond au sujet de l’épreuve !
    • l’hypothèse qu’on en a profité pour réduire l’utilisation d’autres facteurs de production, mais je ne vois aucune case du type “licenciement” à l’étape suivante ?

    Donc en toute rigueur, ce schéma est une énorme bourde en flèches, un raisonnement qui mis en équations n’aurait jamais été proposé tel quel !

    Qu’aurait-il fallu répondre au sujet ? « Vers la fin du paléolithique supérieur, un pêcheur a eu l’idée de renoncer à quelques heures de pêches, réduisant d’autant son butin du jour, pour se fabriquer un harpon. Le lendemain, il a pêché plus de poissons que jamais. Depuis, expliquer que l’investissement favorise la croissance économique, c’est enfoncer une porte ouverte et donc prendre le risque de s’étaler par terre ! »


    Nabucco vs. South Stream : L’Europe, indépendante du gaz russe ?

    19 novembre 2009

    La semaine dernière, la Slovénie, membre de l’UE, annonçait son adhésion au projet South Stream qui boucle ainsi le futur gazoduc qui permettra au gaz russe de contourner l’Ukraine et d’arriver au cœur de l’Europe. La Slovénie ferait-elle cavalier seul alors qu’un autre projet Nabucco, est officiellement soutenu par l’UE dans le but de diminuer la dépendance énergétique européenne envers la Russie ?

    Un gaz nécessaire à l’Europe

    Aujourd’hui, le gaz couvre 25% de nos besoins en énergie. C’est une énergie flexible, peu couteuse (subventionnée en France) qui se trouve à nos portes. Nous utilisons ainsi les ressources de la Norvège, de l’Algérie et de la Russie non seulement pour produire de l’électricité mais aussi pour notre chauffage, pour nos voitures et bien sûr pour la cuisine. Comme les écologistes refusent le nucléaire et que les énergies renouvelables ne peuvent répondre à l’augmentation de nos besoins, le gaz reste indispensable. Ainsi, selon Eurogas (The European Union of the Natural Gas Industry), l’Union européenne devrait voir passer ses besoins en gaz, de 440 millions de tonnes d’équivalent pétrole actuellement, à 625 millions de tonnes en 2030. Avec l’épuisement des gisements de la mer du Nord, l’importation de gaz seule permettra de répondre à cette demande.

    Source : Eurostat

    L’UE est trop dépendante du gaz russe

    Le gaz russe est en effet à l’origine de 12,5% de la consommation énergétique européenne. Mais cet approvisionnement n’est pas sécurisé. A tout moment la Russie peut décider de couper les vannes qui passent par l’Ukraine ou la Biélorussie si un différend survient. Les coupures de l’hiver 2006 en sont un exemple flagrant. Pour réduire sa dépendance envers le gaz russe, l’UE a soutenu le projet Nabucco développé par de 5 pays de l’UE et la Turquie, un gazoduc à 8 milliards d’euros pour relier la mer Caspienne à l’Autriche donnant ainsi accès au gaz du Caucase et de l’Asie centrale. Avec sa mise en service prévue en 2014, Nabucco doit pouvoir apporter 31 milliards de m3 de gaz par an soit 7% de la demande gazière européenne.

    Mais quel gaz faire transiter dans ce tuyau ?

    C’est bien là la principale faille de ce projet.

    • Les réserves du Caucase et de l’Asie centrale ne représentent que 15% des réserves russes. Il faudra encore installer un gazoduc au fond de la mer Caspienne.
    • L’Asie centrale et le Caucase restent sous influence russe. Le voyage de Sarkozy au Kazakhstan en octobre dernier n’y fera rien, ces pays préfèrent livrer leur gaz à la Russie comme le montre l’accord entre l’Azerbaïdjan et la Russie signé en 2008.
    • Les Turques essayent de monnayer leur participation dans Nabucco contre l’intégration dans l’UE. Par exemple, la Turquie a refusé l’entrée de GDF-Suez dans le projet.
    • Pour le gaz irakien, il reste à régler le problème des Kurdes qui contrôlent les régions du Nord de l’Irak, riches en gaz.
    • Enfin, il est pour l’instant exclu que l’Iran nous fournisse les mètres cubes manquants pour remplir Nabucco.

    Encore un exemple de division entre Européens


    Ce n’est pas le premier et ce ne sera sûrement pas le dernier.

    Face à un acteur unique, Gazprom, contrôlé par l’Etat russe, les Européens doivent apparaître unis pour négocier sur un pied d’égalité. Malheureusement, chaque pays et chaque compagnie a sa politique : franchement hostile ou plutôt conciliante. Certains jouent même sur les deux tableaux pour être sûrs de miser sur le cheval gagnant. On remarquera que ce sont ces derniers qui profiteraient le plus de l’ouverture de Nabucco (90% du gaz consommé par la Bulgarie est russe).

    Concilier les deux projets ?

    Pouvons-nous passer à côté de la Russie qui possède plus d’un quart des réserves mondiales de gaz ? C’est une source d’énergie dont nous aurions tort de nous priver : plutôt bon marché, à nos portes alors que le prix du pétrole flambe.

    La Russie a déjà obtenu des accords pour son projet North Stream en mer Baltique. Le South Stream est en bonne voie et le Blue Stream doit envoyer du gaz russe directement vers la Turquie. De plus, Gazprom va participer au développement du terminal pétrolier à l’issue du gazoduc Nabucco en Autriche.

    Au lieu de nous braquer, nous pourrions profiter de l’occasion pour développer avec les Russes le projet South Stream tout en développant des branches annexes venant du Caucase et de l’Asie centrale qui permettront d’aider à remplir South Stream. Une coopération sur un pied d’égalité avec les Russes n’est pas impossible. Il faut simplement parler d’une même voix qu’elle vienne des Etats ou des compagnies d’énergie, et faire valoir le fait que l’Europe représente 42% des exportations de gaz russe.

    De plus, les Russes ont besoin des investissements européens pour développer l’exploitation des gisements de la Sibérie. Aucun gisement n’a été mis en exploitation depuis près de 20 ans, et les Européens pourraient participer aux 300 milliards de dollars nécessaires d’ici 2020 pour tenir les objectifs du gouvernement russe (contre une dizaine de milliards par an actuellement).

    L’Europe et la Russie sont donc forcées de coopérer. La meilleure solution serait que les Européens apparaissent unis face à Gazprom et développe Nabucco comme un embranchement de South Stream (ou inversement) en direction de l’Asie centrale.


    Le mur de Berlin chute, et l’économie française trébuche

    14 novembre 2009

    Il peut sembler saugrenu de prétendre que la chute du mur de Berlin a été payée par la France d’un ralentissement significatif de sa croissance et de dizaines de milliers d’emplois. Sauf bien sûr à recourir quinze ans avant l’heure au sophisme du plombier polonais, mais je ne vous ferai pas cet affront.

    Comment donc est-ce possible ?

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    Chute du mur de Berlin : les médias font une piqûre de rappel contre le communisme

    11 novembre 2009

    20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin

    Vous n’avez pu échapper aux reportages, cérémonies et autres célébrations du 20ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Depuis déjà deux semaines, on nous mettait l’eau à la bouche : JT de France 2 délocalisé à Berlin, les hommages en direct, les rétrospectives, les témoignages, les images inédites !

    Pourquoi assiste-t-on à un tel déploiement de moyens en Allemagne mais aussi en France ?

    Une réponse me vient d’abord : le rappel de l’échec du communisme.

    La chute du Mur de Berlin sonne le glas de la seule alternative au système capitaliste. Le communisme s’effondre alors comme un château de cartes par la volonté des populations. Ce sont les Allemands de l’Est eux-mêmes qui ont poussé à bout le régime de la RDA avec leur slogan « Wir sind das Volk » (Nous sommes le peuple) symbolisant la rupture avec les apparatchiks qui prétendaient représenter le peuple.

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    Chômage Américain, ne surtout pas comparer à la France !

    7 novembre 2009
    Cac40 06-11-09

    Variation du CAC40

    14:28 dans une salle des marchés. Mes voisins parient du Coca-Cola sur le chiffre attendu dans 2 minutes. 14:30, Bloomberg clôt le suspens via les écrans et les cinquantaines d’enceintes de la salle. Les chiffres sont mauvais – 15 000 chômeurs de plus qu’attendus par les marchés boursiers (soit 10.2% de la population active) – et le CAC40 chute brutalement. Après une analyse plus sereine de ces statistiques, la bourse comblera sa chute en à peine plus d’une heure. Si la bourse a tout oublié si vite, est-ce qu’il y avait si peu à retenir ?

    On retiendra que ce chiffre n’a jamais été atteint depuis le début des années 80. Cependant si l’on se réfère à un indice concurrent qui prend en compte toutes les formes de chômage (+ partiel contraint et découragements), on arrive à 17.5%, un niveau déjà atteint en 1995 : c’est déjà moins lointain.

    En revanche, on se gardera de mettre ces 10% en perspective par une comparaison au taux français. C’est soustraire des patates à des carottes, comme l’on dit dans les petites classes, tant le chômage américain ne ressemble pas au chômage français. Au plan individuel, il est la plupart du temps une transition outre-Atlantique. En France, il est beaucoup plus souvent synonyme d’exclusion. Preuve de cette différence : en 2007, seuls 10% des chômeurs américains étaient sans emploi depuis plus d’un an, contre 40% en France. Le taux français étant d’ailleurs sous-évalué des découragés qui ne sont plus recensés.

    En bref, parmi leurs populations actives respectives :

    • 10.2% des américains risquent de sérieux problèmes financiers ;
    • 9.5% des français sont menacés d’exclusion sociale.

    Claude Lévi-Strauss est décédé vendredi

    5 novembre 2009

    AmérindienClaude Levi-Strauss est décédé vendredi à presque 101 ans, qu’il repose en paix. Une brève revue de presse fait ressortir des expressions telles que « fondateur de l’anthropologie moderne » ou « l’un des plus grands penseurs français de notre époque ». Certains osent évoquer les critiques contre son travail, particulièrement concernant  Tristes Tropiques, que nombreux accusaient Lévi-Strauss d’avoir écrit sans une réelle connaissance du problème. Ou alors l’influence qu’il a pu avoir sur Mai 68. Et plusieurs questions me viennent à l’esprit.

    Pourquoi le considérait-on comme le plus grand penseur français aujourd’hui encore, si toutes ses œuvres majeures ont été écrites il y a maintenant plus de 20 ans ? N’y a-t-il donc aucun autre grand penseur plus jeune ? On me répondra qu’on manque de recul. Mais cette remarque, dans le monde dans lequel nous vivons, importe peu. Le recul ne semble pas nécessaire lorsqu’on demande à un homme politique son avis juste après une catastrophe extraordinaire ou lorsque l’on nomme à la télévision des jeunes gens sans réelle technique vocale, charisme ou même personnalité « les plus grands chanteurs de l’année » (que personne ne se sente visé). Est-ce par désir d’embaumer celui qui vient de disparaitre ?

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    Des centrales nucléaires sur le déclin

    2 novembre 2009

    Devrons-nous faire face à des coupures d’électricité cet hiver ?

    A l’heure où le froid fait son retour en France et où tout le monde a rallumé son chauffage, Le Monde a soulevé cette question avec l’analyse d’un rapport de RTE (Réseau de Transport d’Electricité). Alors qu’EDF va pouvoir prendre pied de l’autre côté de l’Atlantique avec le rachat de Constellation, notre production nationale d’électricité ne couvre pas tous nos besoins.

    Le 19 octobre, notre pays a dû importer 7 770 mégawatts (MW) pour faire face à une vague de froid. RTE estime que la France devra importer jusqu’à 4 000 MW d’électricité “durant plusieurs semaines de novembre 2009 à janvier 2010″ si les températures tombent en dessous des normales saisonnières.

    A titre de comparaison, 7 770 MW c’est l’équivalent de 5 réacteurs nucléaires de dernière génération comme l’EPR en construction à Flamanville et plus de 3 000 éoliennes géantes.

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    Obélix et Compagnie ou Goscinny vs Keynes

    29 octobre 2009

    Suite à mon premier billet : Anniversaire d’Astérix (1) : Introduction et relecture du Domaine des dieux

    Obélix et Compagnie (1976) est à mes yeux le traité d’économie le plus pédagogique jamais paru. Trois ans après que le choc pétrolier a nettement enrayé la croissance des Trente Glorieuses, Goscinny porte dans cet album son regard sur la politique économique, et y fait – probablement sans le savoir, et d’après mon interprétation personnelle – une reductio ad absurdum du keynésianisme. Le tout forme une métaphore assez pertinente de l’économie française et de ses travers.

    Le choix de Jacques Chirac, interprété par le « néarque » Caius Saugrenus,  comme personnage central de l’album marque clairement le ton. « Un mécontent, c’est un pauvre qui réfléchit », disait Talleyrand : Saugrenus en prend note pour proposer à César d’occuper et d’enrichir le village gaulois pour le détourner des troubles. Occuper et enrichir – relancer l’emploi et la production – les objectifs explicites des plans de relance.

    Je vous propose donc l’exercice inédit d’une lecture de cette BD au regard de la théorie du grand Keynes.

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    Astérix et le Domaine des Dieux, analyse économique

    25 octobre 2009

    Astérix chez les HelvètesNous fêtons cette semaine (29 octobre) l’anniversaire d’Astérix, et donc d’Obélix, même s’il jouissait dans l’album de 1959 d’un rôle tout à fait secondaire.

    Le point fort des Aventures d’Astérix le Gaulois est connu : la multitude des niveaux de lecture, permettant à chaque âge d’y trouver son bonheur. Mais l’âge ne fait pas tout et l’agrégé de latin comprend certainement des références qui m’échappent.

    La pertinence d’œuvres abordant maints sujets est toujours sujette à caution, et l’estimation la plus précise qu’on a de l’ensemble dérive souvent du traitement accordé au thème qu’on maîtrise le plus. Aussi, je vous propose une revue des questions politiques, économiques et sociales abordées dans les albums originaux (dont le scénario est de Goscinny) : d’Astérix le Gaulois à Astérix chez les Belges. En espérant vous faire lire ou relire les albums cités.

    L’économie dans Astérix (ou plus équitablement, dans Les Aventures d’Obélix)

    Remarque préliminaire, cette revue nous portera davantage sur Obélix qu’Astérix. Le petit guerrier n’est en effet que raison et courage sans grands sentiments, tandis qu’Obélix déborde de passions : les sangliers toujours, les filles parfois, ou encore en d’autres occasions… l’argent. L’entrepreneur Obélix – exploitant d’une fabrique de menhirs – fait part à plusieurs reprises de ses ambitions. Coquelus, fabricant  de roues de Clermont-Ferrand lui inspire le songe d’un sommeil profond de capitaine d’industrie « en réunion ». Le néarque Saugrenus réveille plus tard cette âme d’homme d’affaires sérieux aspirant à la reconnaissance dans Obélix et Compagnie. J’y reviendrai dans un billet dédié.

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    L’ingratitude française face au capitalisme

    21 octobre 2009

    Deux statistiques intéressantes sont parues la semaine dernière :

    • La moitié des sympathisants socialistes seraient en faveur d’une alliance avec l’extrême gauche, y compris le NPA d’Olivier Besancenot. Ce qui, une fois que l’on ajoute les sympathisants d’extrême gauche, signifie qu’un tiers de la population est prête à voir dans un gouvernement un individu révolutionnaire anticapitaliste.
    • Un milliard de personnes souffriraient de famine dans le monde.

    Je me propose de me livrer à un exercice original et délicat en quelques lignes : replacer ces statistiques de quotidiens dans une perspective millénaire.

    Des Méchants Capitalistes du XVIIe siècle, par Rembrandt

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